Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/354

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


voilà bien sur le terrain des préoccupations d’un consommateur urbain, qui regarde comme un grave ennui l’obligation de prêter la moindre attention aux conditions de la production[1].

Quant à l’esclave, il n’aura besoin que d’une très faible vertu : « Il en aura ce qu’il en faut pour ne pas négliger ses travaux par intempérance ou paresse. » Il convient de le traiter avec douceur, quoique certaines personnes estiment que les esclaves sont privés de raison et ne sont propres qu’à recevoir des ordres[2].

Il est facile d’observer que, pendant très longtemps, les modernes n’ont pas cru qu’il y eût autre chose à dire des travailleurs que ce qu’en avait dit Aristote : on leur donnera des ordres ; on les reprendra avec douceur comme des enfants ; on les traitera comme des instruments

  1. Xénophon, qui, en toutes choses, représente une conception de la vie grecque fort antérieure à son temps, s’occupe de la manière de dresser un bon contremaître pour les travaux de la ferme (Économique, 12-14). Marx remarque que Xénophon parle de la division du travail dans l’atelier et cela lui paraît caractériser un instinct bourgeois (Capital, tome I, p. 159, col. 1) : je crois quee cela caractérise un observateur qui comprend l’importance de la production, importance que Platon ne connaît nullement. Dans les Mémorables (livre II. 7). Socrate conseille à un citoyen, ayant une nombreuse parenté à sa charge, d’organiser un atelier avec ses parents : M. Flach suppose que c’est là une nouveauté (Leçon du 19 avril 1907) ; il me semble plutôt que c’est un retour à des mœurs plus anciennes. Les historiens de la philosophie me paraissent avoir été très hostiles à Xénophon parce qu’il est trop vieux grec ; Platon leur convient mieux parce qu’il est plus aristocrate, et par suite détaché de l’économie.
  2. Aristote, op. cit., livre I. chap. v, 9 et 11.