Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/356

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pour notre temps et pour la préparation du passage d’un monde à l’autre ; si nous ne faisions pas cette limitation, nous tomberions dans l’utopie.


Kautsky est fort préoccupé de ce qui produirait au lendemain d’une révolution sociale ; il propose une solution qui me semble être aussi faible que celle de G De Molinari. Si les syndicats ont été assez forts pour décider les ouvriers actuels à abandonner leurs ateliers et à subir de grands sacrifices durant les grèves soutenues contre les capitalistes, ils seront sans doute assez forts pour ramener les ouvriers à l’atelier et obtenir d’eux un excellent travail régulier, lorsqu’il aura été reconnu que ce travail est commandé par l’intérêt général[1]. Kautsky ne paraît pas, d’ailleurs, avoir une très grande confiance dans l’excellence de sa solution.

Il n’y a évidemment aucune comparaison à établir entre une discipline qui impose aux travailleurs un arrêt général du travail, et celle qui peut les amener à faire marcher des machines avec une adresse supérieure. L’erreur provient de ce que Kautsky est bien plus un idéologue qu’un disciple de Marx ; il aime à raisonner sur des abstractions et croit avoir fait avancer une question lorsqu’il est parvenu à grouper des mots ayant une allure scientifique ; la réalité sous-jacente l’intéresse moins que le décor scolastique. Bien d’autres ont commis, d’ailleurs, la même erreur que lui et se sont laissé duper par la variété des sens du mot discipline ; on l’entend aussi bien pour parler d’une conduite régulière

  1. Mouvement socialiste, 15 février 1903, p. 310.