Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/396

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Les théoriciens ecclésiastiques ont construit leurs doctrines en idéalisant ce glorieux passé de l’Église ; elle serait, suivant eux, la seule monarchie qui puisse prétendre faire dériver son autorité directement de Dieu ; contre les juristes protestants qui défendirent le droit divin des rois, les théologiens catholiques estiment qu’il y a dans les origines des pouvoirs temporels quelque chose de populaire[1], qui les met dans un état d’infériorité par rapport à la papauté. L’Église ne saurait donc être contrôlée par aucun souverain : mais, dans la pratique, elle n’est pas dans des conditions aussi indépendantes qu’un royaume, parce qu’elle n’a pas un territoire distinct de celui des États ; elle est insérée dans des sociétés civiles ; ses fidèles sont en même temps citoyens. Deux couronnes peuvent facilement demeurer absolument sans relations, tandis que l’Église ne peut exécuter tout ce quelle juge être nécessaire pour l’accomplissement de sa mission, sans rencontrer, à tout instant, quelques-unes des relations sociales sur lesquelles la loi laïque a formulé, assez généralement, des règles ; il faut donc que l’État s’entende avec l’Église ou qu’il s’interdise de légiférer sur certaines matières.

Le christianisme a une tradition qui l’empêche de deve-

    anciens Romains. La Réforme luthérienne les a longtemps préservés contre l’invasion des idées de la Renaissance et a ainsi prolongé pour eux l’influence de l’éducation romaine.

  1. Des catholiques contemporains s’extasiaient, à ce sujet, sur l’esprit démocratique de l’Église ; les théologiens n’ont fait que suivre la doctrine des juristes impériaux qui avaient attribué aux empereurs une délégation du peuple romain (Taine, loc. cit., p. 133).