Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/51

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toire de la démocratie française nous offre une combinaison bien remarquable d’utopies et de mythes. Les théories qui inspirèrent les auteurs de nos premières constitutions, sont aujourd’hui regardées comme fort chimériques ; souvent même on ne veut plus leur concéder la valeur qui leur a été longtemps reconnue : celle d’un idéal sur lequel législateurs, magistrats et administrateurs devraient avoir les yeux toujours fixés pour assurer aux hommes un peu de justice. À ces utopies, se mêlèrent des mythes qui représentaient la lutte contre l’Ancien Régime ; tant qu’ils se sont maintenus, les réfutations des utopies libérales ont pu se multiplier sans produire aucun résultat ; le mythe sauvegardait l’utopie à laquelle il était mêlé.

Pendant longtemps, le socialisme n’a guère été qu’une utopie : c’est avec raison que les marxistes revendiquent pour leur maître l’honneur d’avoir changé cette situation : le socialisme est devenu une préparation des masses employées par la grande industrie, qui veulent supprimer l’État et la propriété ; désormais, on ne cherchera plus comment les hommes s’arrangeront pour jouir du bonheur futur ; tout se réduit à l’apprentissage révolutionnaire du prolétariat. Malheureusement Marx n’avait pas sous les yeux les faits qui nous sont devenus familiers ; nous savons mieux que lui ce que sont les grèves, parce que nous avons pu observer des conflits économiques considérables par leur étendue et par leur durée ; le mythe de la grève générale est devenu populaire et s’est solidement établi dans les cerveaux ; nous avons sur la violence des idées qu’il n’aurait pu facilement se former ; nous pouvons donc compléter sa doctrine, au lieu de