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OUVRAGES DIDACTIQUES. 343

gné d'un commentaire perpétuel qui, en plusieurs endroits, est dix fois plus long que le textej mais qui souvent est encore plus curieux et mériterait tout autant d'être résumé.

Les nations grecque et romaine, si bien exercées à la vie active et publique, accoutumées aux émotions politiques, tou- jours prêtes à braver les agitations de l'Agora ou du Forum, ne cherchaient dans l'éloquence qu'un moyen pratique de par- venir à la gloire et de réaliser leur ambition, et ne voulaient convaincre que pour dominer. Aussi, dans leurs écrits sur la rhétorique, Aristote et Cicéron, Denys d'Halicarnasse et Quintilien s'occupaient-ils principalement de la démonstra- tion et des arguments. Au contraire, les Indiens, vivant au sein des cours ou à l'ombre des écoles, appréciaient plutôt l'art de la parole au point de vue de l'agrément etdu charme, de la pensée et de la passion ; ils s'inquiétaient beaucoup moins de prouver que de toucher ou de plaire. Le Sâhityar Darpana est donc à peu près une esthétique à la manière allemande, où le mol rasa (goût, impression, sensation) revient sans cesse. 11 se compose de dix chapitres d'une étendue fort inégale, puisqu'ils renferment chacun environ de dix à cent pages. Le premier traite de la nature même de la poésie ; le second et le cinquième, des divers sens des mots ; le troi- sième, du sentiment; le quatrième, des différents genres poé- tiques ; le sixième, des choses faites pour être vues et de celles qu'on doit seulement entendre ; le septième, des vices de diction; le huitième, du style; le neuvième, du mélange des tons et de la prédominance des uns ou des autres ; le dixième, des ornements. Sans entrer dans de longs détails, qui seraient en disproportion avec l'étendue de notre ouvrage, nous allons nous efforcer d'exposer ce qu'il y a de plus in- téressant dans ce célèbre monument de la critique indienne au Moyen- Age.

Selon l'usage de cette race, éminemment grave et pieuse, le traité de Viswanàtha s'ouvre par un respectueux hommage rendu à Ganêça, fils de Siva et de Bhavani, à ce dieu de la

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