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voulait y monter, mais en compagnie du fauteuil et de l’étrangère, et ne s’occuperait bien sûr que d’elle toute la journée ; cette perspective avait mis le comble à son ressentiment En apercevant le fauteuil fièrement posté sur ses quatre roulettes, Pierre le regarda comme l’ennemi qui était cause de tout le mal, ce jour-là en particulier. Il jeta les yeux autour de lui — tout était silencieux, on ne voyait personne ; alors il se précipita comme un sauvage sur l’objet de sa fureur, le saisit par la poignée, et dans sa rage lui imprima une secousse si violente du côté de la pente escarpée, que le fauteuil s’envola sur ses roulettes et disparut en un instant.

Aussitôt, comme s’il eût eu lui-même des ailes, Pierre prit sa course vers la montagne qu’il commença à gravir à toutes jambes, et il ne s’arrêta qu’après avoir atteint un buisson de ronces derrière lequel il pouvait disparaître tout entier, car il ne tenait pas à ce que le Vieux vînt à l’apercevoir ; ainsi protégé par le buisson, il pouvait voir l’alpe du haut en bas et vite se cacher dès que le Vieux ferait son apparition. Quel spectacle rencontrèrent ses regards quand il se retourna ! Bien loin, le long de la