Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/13

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régner à Naples dans la personne de don Carlos, fils d’une Farnèse, mariée, en secondes noces, à Philippe V, ce triste petit-fils de Louis XIV, si intrépide au milieu des boulets, si ennuyé, et si passionné pour la musique. On sait que pendant vingt-quatre ans le sublime castrat Farinelli lui chanta tous les jours trois airs favoris, toujours les mêmes.

Un esprit philosophique peut trouver curieux les détails d’une passion sentie à Rome ou à Naples, mais j’avouerai que rien ne me semble plus absurde que ces romans qui donnent des noms italiens à leurs personnages. Ne sommes-nous pas convenus que les passions varient toutes les fois qu’on s’avance de cent lieues vers le Nord ? L’amour est-il le même à Marseille et à Paris ? Tout au plus peut-on dire que les pays soumis depuis longtemps au même genre de gouvernement offrent dans les habitudes sociales une sorte de ressemblance extérieure.

Les paysages, comme les passions, comme la musique, changent aussi dès qu’on s’avance de trois ou quatre degrés vers le Nord. Un paysage napolitain paraîtrait absurde à Venise, si l’on n’était pas convenu, même en Italie, d’admirer la belle nature de Naples. À Paris, nous faisons mieux, nous croyons que l’aspect des forêts et des