Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/25

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perdu la vie, et que ces emprisonnements ne faisaient qu’augmenter le scandale, qui retombait tout entier sur le cardinal. On se hâta de mettre en liberté les prisonniers, et l’immense pouvoir des trois frères se réunit pour chercher à étouffer l’affaire. Ils espérèrent d’abord y réussir ; mais, le troisième jour, le récit du tout vint aux oreilles du pape. Il fit appeler ses deux neveux et leur parla comme pouvait le faire un prince aussi pieux et aussi profondément offensé.

Le cinquième jour de janvier, qui réunissait un grand nombre de cardinaux dans la congrégation du Saint Office, le saint pape parla le premier de cette horrible affaire, il demanda aux cardinaux présents comment ils avaient osé ne pas la porter à sa connaissance :

— Vous vous taisez ! et pourtant le scandale touche à la dignité sublime dont vous êtes revêtus ! Le cardinal Carafa a osé paraître sur la voie publique couvert d’un habit séculier et l’épée nue à la main. Et dans quel but ? Pour se saisir d’une infâme courtisane ?

On peut juger du silence de mort qui régnait parmi tous ces courtisans durant cette sortie contre le premier ministre. C’était un vieillard de quatre-vingts ans qui se fâchait contre un neveu chéri