Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/28

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portement de l’orgueil, ne se voyait plus environnée que de simples paysans dont l’étonnement même lui rappelait sa chute. Elle n’avait aucune consolation ; son oncle était si âgé que probablement il serait surpris par la mort avant de rappeler ses neveux, et, pour comble de misère, les trois frères se détestaient entre eux. On allait jusqu’à dire que le duc et le marquis qui ne partageaient point les passions fougueuses du cardinal, effrayés par ses excès, étaient allés jusqu’à les dénoncer au pape leur oncle.

Au milieu de l’horreur de cette profonde disgrâce, il arriva une chose qui, pour le malheur de la duchesse et de Capecce lui-même, montra bien que, dans Rome, ce n’était pas une passion véritable qui l’avait entraîné sur les pas de la Martuccia.

Un jour que la duchesse l’avait fait appeler pour lui donner un ordre, il se trouva seul avec elle, chose qui n’arrivait peut-être pas deux fois dans toute une année. Quand il vit qu’il n’y avait personne dans la salle où la duchesse le recevait, Cepecce resta immobile et silencieux. Il alla vers la porte pour voir s’il y avait quelqu’un qui pût les écouter dans la salle voisine, puis il osa parler ainsi :

— Madame, ne vous troublez point et ne prenez pas avec colère les paroles