Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/35

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nombre d’audiences, sans que celles-ci vinssent à la connaissance de la duchesse. Diane avait un génie étonnant ; la passion la rendait éloquente. Elle donnait au duc une foule de détails ; la vengeance était devenue son seul plaisir. Elle lui répétait que, presque tous les soirs, Capecce s’introduisait dans la chambre de la duchesse sur les onze heures, et n’en sortait qu’à deux ou trois heures du matin. Ces discours firent d’abord si peu d’impression sur le duc, qu’il ne voulut pas se donner la peine de faire deux lieues à minuit pour venir à Gallese et entrer à l’improviste dans la chambre de sa femme.

Mais un soir qu’il se trouvait à Gallese, le soleil était couché, et pourtant il faisait encore jour, Diane pénétra tout échevelée dans le salon où était le duc. Tout le monde s’éloigna, elle lui dit que Marcel Capecce venait de s’introduire dans la chambre de la duchesse. Le duc, sans doute mal disposé en ce moment, prit son poignard et courut à la chambre de sa femme, où il entra par une porte dérobée. Il y trouva Marcel Capecce. À la vérité, les deux amants changèrent de couleur en le voyant entrer ; mais du reste, il n’y avait rien de répréhensible dans la position où ils se trouvaient. La duchesse était dans son lit occupée à noter une petite dépense qu’elle venait de