Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/63

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l’art de pénétrer les sentiments cachés d’un cœur italien, trouva un air de tranquillité et de raison qui le mit à son aise. Du reste, en ce moment il avait un chagrin en traversant les caves et les souterrains qui, d’une maison voisine du palais Campobasso, le conduisaient dans cette salle basse, la broderie toute fraîche d’un habit charmant et arrivé de Paris la veille s’était chargée de plusieurs toiles d’araignée. La présence de ces toiles d’araignée le mettait mal à son aise, et d’ailleurs il avait cet insecte en horreur.

Sénecé, croyant voir du calme dans l’œil de la princesse, songeait à éviter la scène, à tourner le reproche au lieu de lui répondre ; mais, porté au sérieux par la contrariété qu’il éprouvait : « Ne serait-ce point ici une occasion favorable, se disait-il, pour lui faire entrevoir la vérité ? Elle vient de poser la question elle-même ; voilà déjà la moitié de l’ennui évité. Certainement il faut que je ne sois pas fait pour l’amour. Je n’ai jamais rien vu de si beau que cette femme avec ses yeux singuliers. Elle a de mauvaises manières, elle me fait passer par des souterrains dégoûtants ; mais c’est la nièce du souverain auprès duquel le roi m’a envoyé. De plus, elle est blonde dans un pays où toutes les femmes sont brunes ; c’est une