Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/64

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grande distinction. Tous les jours j’entends porter sa beauté aux nues par des gens dont le témoignage n’est pas suspect, et qui sont à mille lieues de penser qu’ils parlent à l’heureux possesseur de tant de charmes. Quant au pouvoir qu’un homme doit avoir sur sa maîtresse, je n’ai point d’inquiétude à cet égard. Si je veux prendre la peine de dire un mot, je l’enlève à son palais, à ses meubles d’or, à son oncle-roi, et tout cela pour l’emmener en France, au fond de la province, vivoter tristement dans une de mes terres… Ma foi, la perspective de ce dévouement ne m’inspire que la résolution la plus vive de ne jamais le lui demander. L’Orsini est bien moins jolie : elle m’aime, si elle m’aime, tout juste un peu plus que le castrat Butofaco que je lui ai fait renvoyer hier ; mais elle a de l’usage, elle sait vivre, on peut arriver chez elle en carrosse. Et je me suis bien assuré qu’elle ne fera jamais de scène ; elle ne m’aime pas assez pour cela. »

Pendant ce long silence, le regard fixe de la princesse n’avait pas quitté le joli front du jeune Français.

« Je ne le verrai plus, » se dit-elle. Et tout à coup elle se jeta dans ses bras et couvrit de baisers ce front et ces yeux qui ne rougissaient plus de bonheur en la revoyant. Le chevalier se fût méses-