Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/66

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Une rougeur subite couvrit les joues de la princesse, qui devinrent écarlates. « La colère va la suffoquer, pensa le chevalier elle va avoir un coup de sang ». Il s’avança pour délacer sa robe ; elle le repoussa avec une résolution et une force auxquelles il n’était pas accoutumé. Sénecé se rappela plus tard que, tandis qu’il essayait de la prendre dans ses bras, il l’avait entendue se parler à elle-même. Il se retira un peu : discrétion inutile, car elle semblait ne plus le voir. D’une voix basse et concentrée, comme si elle eût parlé à son confesseur, elle se disait : « Il m’insulte, il me brave. Sans doute, à son âge et avec l’indiscrétion naturelle à son pays, il va raconter à l’Orsini toutes les indignités auxquelles je m’abaisse… Je ne suis pas sûre de moi ; je ne puis me répondre même de rester insensible devant cette tête charmante… » Ici il y eut un nouveau silence, qui sembla fort ennuyeux au chevalier. La princesse se leva enfin en répétant d’un ton plus sombre : Il faut en finir.

Sénecé, à qui la réconciliation avait fait perdre l’idée d’une explication sérieuse, lui adressa deux ou trois mots plaisants sur une aventure dont on parlait beaucoup à Rome…

— Laissez-moi, chevalier, lui dit la