Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/65

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


timé, s’il n’eût pas oublié à l’instant tous ses projets de rupture ; mais sa maîtresse était trop profondément émue pour oublier sa jalousie. Peu d’instants après, Sénecé la regardait avec étonnement ; des larmes de rage tombaient rapidement sur ses joues. « Quoi ! disait-elle à demi-voix, je m’avilis jusqu’à lui parler de son changement ; je le lui reproche, moi, qui m’étais juré de ne jamais m’en apercevoir ! Et ce n’est pas assez de bassesse, il faut encore que je cède à la passion que m’inspire cette charmante figure ! Ah vile, vile, vile princesse !… Il faut en finir. »

Elle essuya ses larmes et parut reprendre quelque tranquillité.

— Chevalier, il faut en finir, lui dit-elle assez tranquillement. Vous paraissez souvent chez la comtesse… Ici elle pâlit extrêmement. Si tu l’aimes, vas-y tous les jours, soit ; mais ne reviens plus ici… » Elle s’arrêta comme malgré elle. Elle attendait un mot du chevalier ; ce mot ne fut point prononcé. Elle continua avec un petit mouvement convulsif et comme en serrant les dents : « Ce sera l’arrêt de ma mort et de la vôtre. »

Cette menace décida l’âme incertaine du chevalier, qui jusque-là n’était qu’étonné de cette bourrasque imprévue après tant d’abandon. Il se mit à rire.