Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/68

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cœur. Réellement un pressentiment funeste l’agitait depuis deux mois ; elle n’avait de moments passables que ceux qu’elle passait auprès du chevalier, et cependant presque toujours, quand elle n’était pas dans ses bras, elle lui parlait avec aigreur.

Sa soirée fut affreuse. Épuisée et comme un peu calmée par la douleur, elle eut l’idée de parler au chevalier : « car enfin il m’a vue irritée, mais il ignore le sujet de mes plaintes. Peut-être il n’aime pas la comtesse. Peut-être il ne se rend chez elle que parce qu’un voyageur doit voir la société du pays où il se trouve, et surtout la famille du souverain. Peut-être si je me fais présenter Sénccé, s’il peut venir ouvertement chez moi, il y passera des heures entières comme chez l’Orsini.

» Non, s’écria-t-elle avec rage, je m’avilirais en parlant ; il me méprisera, et voilà tout ce que j’aurai gagné. Le caractère évaporé de l’Orsini que j’ai si souvent méprisé, folle que j’étais, est dans le fait plus agréable que le mien, et surtout aux yeux d’un Français. Moi, je suis faite pour m’ennuyer avec un Espagnol. Quoi de plus absurde que d’être toujours sérieux, comme si les événements de la vie ne l’étaient pas assez par eux-mêmes !… Que deviendrai-je quand je n’aurai plus mon chevalier pour me donner la vie, pour jeter