Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/69

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dans mon cœur ce feu qui me manque ? »

Elle avait fait fermer sa porte ; mais cet ordre n’était point pour monsignor Ferraterra, qui vint lui rendre compte de ce qu’on avait fait chez l’Orsini jusqu’à une heure du matin. Jusqu’ici ce prélat avait servi de bonne foi les amours de la princesse ; mais il ne doutait plus, depuis cette soirée, que bientôt Sénecé ne fût au mieux avec la comtesse Orsini, si ce n’était déjà fait.

« La princesse dévote, pensa-t-il, me serait plus utile que femme de la société. Toujours il y aura un être qu’elle me préférera : ce sera son amant ; et si un jour cet amant est romain, il peut avoir un oncle à faire cardinal. Si je la convertis, c’est au directeur de sa conscience qu’elle pensera avant tout, et avec tout le feu de son caractère… Que ne puis-je pas espérer d’elle auprès de son oncle ! » Et l’ambitieux prélat se perdait dans un avenir délicieux ; il voyait la princesse se jetant aux genoux de son oncle pour lui faire donner le chapeau. Le pape serait très reconnaissant de ce qu’il allait entreprendre. Aussitôt la princesse convertie, il ferait parvenir sous les yeux du pape des preuves irréfragables de son intrigue avec le jeune Français. Pieux, sincère et abhorrant les Français, comme est sa