Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/73

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que l’on voit tous les jours. La Campobasso en était atterrée. « La comtesse me montre ce que j’aurais dû être, se disait-elle. Voilà ce qu’il faut être, et que pourtant je ne serai jamais ! Elle sortit dans le dernier degré de malheur où puisse être jetée une créature humaine, presque résolue à prendre du poison. Tous les plaisirs que l’amour de Sénecé lui avait donnés n’auraient pu égaler l’excès de douleur où elle fut plongée pendant toute une longue nuit. On dirait que ces âmes romaines ont pour souffrir des trésors d’énergie inconnus aux autres femmes.

Le lendemain, Sénecé repassa et vit le signe négatif. Il s’en allait gaiement ; cependant il fut piqué. « C’est donc mon congé qu’elle m’a donné l’autre jour ? Il faut que je la voie dans les larmes, » dit sa vanité. Il éprouvait une légère nuance d’amour en perdant à tout jamais une aussi belle femme, nièce du pape. Il quitta sa voiture et s’engagea dans les souterrains peu propres qui lui déplaisaient si fort, et vint forcer la porte de la grande salle au rez-chaussée où la princesse le recevait.

Comment ! vous osez paraître ici ! dit la princesse étonnée.

Cet étonnement manque de sincérité,