Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/75

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elle resta debout, immobile, les yeux fixes. Enfin, à ce dernier trait de la douceur de leurs rapports, elle l’interrompit d’une voix qui semblait sortir du fond de sa poitrine, et en prononçant lentement :

— C’est-à-dire que vous me trouvez, après tout, assez jolie pour être une fille employée à votre service !

— Mais, chère et bonne amie, l’amour-propre n’est-il pas sauf ? répliqua Sénecé, à son tour vraiment étonné. Comment pourrait-il vous passer par la tête de vous plaindre ? Heureusement jamais notre intelligence n’a été soupçonnée de personne. Je suis homme d’honneur : je vous donne de nouveau ma parole que jamais être vivant ne se doutera du bonheur dont j’ai joui.

— Pas même l’Orsini ? ajouta-t-elle d’un ton froid qui fit encore illusion au chevalier.

— Vous ai-je jamais nommé, dit naïvement le chevalier, les personnes que j’ai pu aimer avant d’être votre esclave ?

— Malgré tout mon respect pour votre parole d’honneur, c’est cependant une chance que je ne courrai pas, dit la princesse d’un air résolu, et qui enfin commença à étonner un peu le jeune Français. « Adieu ! chevalier… » Et, comme il s’en allait un