Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/76

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peu indécis ; « Viens m’embrasser », lui dit-elle.

Elle s’attendrit évidemment ; puis elle lui dit d’un ton ferme : « Adieu, chevalier… »

La princesse envoya chercher Ferraterra. « C’est pour me venger », lui dit-elle. Le prélat fut ravi. « Elle va se compromettre ; elle est à moi à jamais. »

Deux jours après, comme la chaleur était accablante, Sénecé alla prendre l’air au Cours sur les minuit. Il y trouva toute la société de Rome. Quand il voulut reprendre sa voiture, son laquais put à peine lui répondre : il était ivre ; le cocher avait disparu ; le laquais lui dit, en pouvant à peine parler, que le cocher avait pris dispute avec un ennemi.

— Ah ! mon cocher a des ennemis ! dit Sénecé en riant.

En revenant chez lui, il était à peine à deux ou trois rues du Corso, qu’il s’aperçut qu’il était suivi. Des hommes, au nombre de quatre ou cinq, s’arrêtaient quand il s’arrêtait, recommençaient à marcher quand il marchait. « Je pourrais faire le crochet et regagner le Corso par une autre rue, pensa Sénecé. Bah ! ces malotrus n’en valent pas la peine ; je suis bien armé. » Il avait son poignard nu à la main.