Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/87

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remarqua que chaque jour, vers les quatre heures, son père s’enfermait dans son appartement, et ensuite allait voir l’inconnue ; il redescendait bientôt, et montait en voiture pour aller chez la comtesse Vitteleschi. Dès qu’il était sorti, Vanina montait à la petite terrasse, d’où elle pouvait apercevoir l’inconnue. Sa sensibilité était vivement excitée en faveur de cette jeune femme si malheureuse ; elle cherchait à deviner son aventure. La robe ensanglantée jetée sur une chaise paraissait avoir été percée de coups de poignard. Vanina pouvait compter les déchirures. Un jour elle vit l’inconnue plus distinctement : ses yeux bleus étaient fixés dans le ciel ; elle semblait prier. Bientôt des larmes remplirent ses beaux yeux ; la jeune princesse eut bien de la peine à ne pas lui parler. Le lendemain Vanina osa se cacher sur la petite terrasse avant l’arrivée de son père. Elle vit don Asdrubale entrer chez l’inconnue ; il portait un petit panier où étaient des provisions. Le prince avait l’air inquiet, et ne dit pas grand’chose. Il parlait si bas que, quoique la porte-fenêtre fût ouverte, Vanina ne put entendre ses paroles. Il partit aussitôt.

— Il faut que cette pauvre femme ait des ennemis bien terribles, se dit Vanina, pour que mon père, d’un caractère si