Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/37

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


quelque petit bruit sous les arbres qui bordaient la rue vis-à-vis leur palais, mais, ce qui les remplit d’étonnement, il ne parut pas de lumière à la fenêtre d’Hélène. Cette fille, si simple jusqu’ici et qui semblait un enfant à la vivacité de ses mouvemens, avait changé de caractère depuis qu’elle aimait. Elle savait que la moindre imprudence compromettait la vie de son amant : si un seigneur de l’importance de son père tuait un pauvre homme tel que Jules Branciforte, il en serait quitte pour disparaître pendant trois mois, qu’il irait passer à Naples ; pendant ce temps ses amis de Rome arrangeraient l’affaire, et tout se terminerait par l’offrande d’une lampe d’argent de quelques centaines d’écus à l’autel de la Madone alors à la mode. Le matin, au déjeuner, Hélène avait vu à la physionomie de son père qu’il avait un grand sujet de colère, et, à l’air dont il la regardait quand il croyait n’être pas remarqué, elle pensa qu’elle entrait pour beaucoup dans cette colère. Aussitôt elle alla jeter un peu de poussière sur les bois des cinq arquebuses magnifiques que son père tenait suspendues auprès de son lit. Elle couvrit également d’une légère couche de poussière ses poignards et ses épées. Toute la journée elle fut d’une gaieté folle, elle parcourait sans cesse la maison du haut en bas ; à chaque instant elle s’approchait des fenêtres, bien résolue de faire à Jules un signe négatif, si elle avait le bonheur de l’apercevoir. Mais elle n’avait garde : le pauvre garçon avait été si profondément humilié par l’apostrophe du riche seigneur de Campireali, que de jour il ne paraissait jamais dans Albano ; le devoir