Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/48

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Jules lui dit qu’il désirait réfléchir encore sur ce que voulait son cœur, et malgré les instances de Ranuce, qui prétendait absolument qu’il prît part à l’attaque de l’escorte du général espagnol, où, disait-il, il y aurait de l’honneur à acquérir, sans compter les doublons, Jules revint seul à sa petite maison. C’est là que, la veille du jour où le seigneur de Campireali lui tira un coup d’arquebuse, il avait reçu Ranuce et son caporal, de retour des environs de Vellettri. Ranuce employa la force pour voir la petite caisse de fer où son patron, le capitaine Branciforte, enfermait jadis les chaînes d’or et autres bijoux dont il ne jugeait pas à propos de dépenser la valeur aussitôt après une expédition. Ranuce y trouva deux écus.

— Je te conseille de te faire moine, dit-il à Jules, tu en as toutes les vertus : l’amour de la pauvreté, en voici la preuve ; l’humilité, tu te laisses vilipender en pleine rue par un richard d’Albano ; il ne te manque plus que l’hypocrisie et la gourmandise.

Ranuce mit de force cinquante doublons dans la cassette de fer. — Je te donne ma parole, dit-il à Jules, que si d’ici à un mois le seigneur de Campireali n’est pas enterré avec tous les honneurs dus à sa noblesse et à son opulence, mon caporal ici présent viendra avec trente hommes démolir ta petite maison et brûler tes pauvres meubles. Il ne faut pas que le fils du capitaine Branciforte fasse une mauvaise figure en ce monde, sous prétexte d’amour.