Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/91

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déguisée sous un habit religieux, elle avait rencontré son père et son frère sur les bords du lac, dans le chemin taillé dans le roc qui suit les murs du couvent des Capucins. La mère se garda bien de quitter sa fille de toute cette journée, et enfin, sur le soir, Hélène écrivit à son amant une lettre naïve et, selon nous, bien touchante, dans laquelle elle lui racontait les combats qui avaient déchiré son cœur. Elle finissait par lui demander à.genoux un délai de huit jours : « En t’écrivant, ajoutait-elle, cette lettre, qu’un messager de ma mère attend, il me semble que j’ai eu le plus grand tort de lui tout dire. Je crois te voir irrité, tes yeux me regardent avec haine ; mon cœur est déchiré des remords les plus cruels. Tu diras que j’ai un caractère bien faible, bien pusillanime, bien méprisable ; je te l’avoue, mon cher ange. Mais figure-toi ce spectacle : ma mère, fondant en larmes, était presque à mes genoux. Alors il a été impossible pour moi de ne pas lui dire qu’une certaine raison m’empêchait de consentir à sa demande ; et, une fois que je suis tombée dans la faiblesse de prononcer cette parole imprudente, je ne sais ce qui s’est passé en moi, mais il m’est devenu comme impossible de ne pas raconter tout ce qui s’était passé entre nous. Autant que je puis me le rappeler, il me semble que mon ame, dénuée de toute force, avait besoin d’un conseil. J’espérais le rencontrer dans les paroles d’une mère… J’ai trop oublié, mon ami, que cette mère si chérie avait un intérêt contraire au tien. J’ai oublié mon premier devoir, qui est de t’obéir, et apparemment que je ne suis pas capable de sentir l’amour