Page:Stendhal - D’un nouveau complot contre les industriels, 1825.djvu/24

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NOTE RELATIVE À LA PAGE 9.

Peut-être me reprochera-t-on de n’avoir pas cité plus souvent les propres paroles du Producteur ; si l’on veut bien lire l’exposé suivant, l’on concevra pourquoi.


LE PRODUCTEUR, No I.

INTRODUCTION.


Le journal que nous annonçons a pour but de développer et de répandre les principes d’une philosophie nouvelle. Cette philosophie, basée sur une nouvelle conception de la nature humaine, reconnaît que la destination de l’espèce sur ce globe est d’exploiter et de modifier à son plus grand avantage la nature extérieure ; que ses moyens pour arriver à ce but correspondent aux trois ordres de facultés, physiques, intellectuelles et morales, qui constituent l’homme ; enfin, que ses travaux, dans cette direction, suivent une progression toujours croissante, parceque chaque génération vient ajouter ses richesses matérielles à celles des générations passées, parcequ’une connaissance de plus en plus étendue, certaine et positive des lois naturelles, lui permet d’étendre et de rectifier sans cesse son action ; parceque des notions toujours plus exactes de sa destination et de ses forces la conduisent à améliorer incessamment l’association, l’un de ses moyens les plus puissans.

Considérée de ce point de vue, la vie de chaque individu se compose de deux séries d’actions, dont les unes n’ont pour but que l’existence de l’individu même, tandis que les autres ont de plus pour résultat le développement de l’action progressive de l’espèce, et concourent ainsi à l’accomplissement de sa destination ; d’où la distinction de l’intérêt commun et de l’intérêt privé, base de toute morale.

C’est d’une heureuse harmonie entre ces deux ordres de faits que dépendent les progrès et la prospérité des nations et des individus. La combinaison sociale dans laquelle toutes les jouissances, la satisfaction de tous les besoins de l’individu, seraient aussi des moyens pour l’accomplissement de la loi de l’espèce, est la limite, en prenant cette expression dans le sens mathématique, vers laquelle convergeront toujours, sans jamais l’atteindre, les travaux théoriques et pratiques ayant pour but l’établissement de cette harmonie. En s’appuyant sur ce point de départ, les travaux de cette philosophie, quant à ce qui regarde le passé, consistent à rechercher à chaque époque, dans les institutions, les travaux et les actions de l’homme, ceux qui ont concouru au développement de la civilisation, et ceux qui ont été pour elle un obstacle ; à distinguer dans les premiers ceux dont le secours a été direct ou indirect, et à préciser la nature, la durée et le degré d’utilité de chacun. Quant à ce qui regarde l’avenir et le présent, elle s’occupe de déterminer d’une manière positive et détaillée, par la connaissance et l’érection en lois des faits généraux du passé, le but d’activité actuelle de la société, l’ordre de rapports moraux et politiques correspondans, et les travaux qui doivent en préparer l’établissement.

Elle a reconnu que dans les institutions, les travaux et les actions de l’homme, ceux-là seulement qui se rapportent aux sciences, aux beaux-arts et à l’industrie, ont toujours, directement, et de plus en plus, concouru au développement de la civilisation ; que tous ceux au contraire qui n’appartiennent pas proprement à l’un ou à l’autre de ces trois objets d’activité n’y ont concouru qu’indirectement, etc., etc.


FIN.