Page:Stendhal - La Chartreuse de Parme, II, 1927, éd. Martineau.djvu/150

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Ce moment fut le plus beau de la vie de Fabrice, sans aucune comparaison. Avec quels transports il eût refusé la liberté, si on la lui eût offerte en cet instant !

Le lendemain fut le jour de grand désespoir de la duchesse. Tout le monde tenait pour sûr dans la ville que c’en était fait de Fabrice ; Clélia n’eut pas le triste courage de lui montrer une dureté qui n’était pas dans son cœur, elle passa une heure et demie à la volière, regarda tous ses signes, et souvent lui répondit, au moins par l’expression de l’intérêt le plus vif et le plus sincère ; elle le quittait des instants pour lui cacher ses larmes. Sa coquetterie de femme sentait bien vivement l’imperfection du langage employé ; si l’on se fût parlé, de combien de façons différentes n’eût-elle pas pu chercher à deviner quelle était précisément la nature des sentiments que Fabrice avait pour la duchesse ! Clélia ne pouvait presque plus se faire d’illusion, elle avait de la haine pour madame Sanseverina.

Une nuit Fabrice vint à penser un peu sérieusement à sa tante : il fut étonné, il eut peine à reconnaître son image ; le souvenir qu’il conservait d’elle avait totalement changé ; pour lui, à cette heure, elle avait cinquante ans.

— Grand Dieu ! s’écria-t-il avec enthou-