Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/101

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naux plus que de toute autre chose : aussi parlait-il souvent de faire fusiller des avocats. Son cauchemar habituel était la peur d’être exposé à la risée publique. Une plaisanterie plate, dans un journal qui comptait cent lecteurs, mettait réellement hors de lui ce militaire si brave. Il avait un autre chagrin : à Nancy, personne ne faisait attention à ses épaulettes. Jadis, lors de l’émeute de mai 183*, il avait frotté ferme la jeunesse de la ville, et se croyait abhorré.

Cet homme, autrefois si heureux, présenta son aide de camp, qui aussitôt se retira. Il déploya sur une table les états des situations des troupes et des hôpitaux de la division ; une bonne heure se passa en détails militaires. Le général interrogea le baron sur l’opinion des soldats, sur les sous-officiers, de là à l’esprit public il n’y avait qu’un pas. Mais, il faut l’avouer, les réponses du digne commandant de la 3e division paraîtraient longues si nous leur laissions toutes les grâces du style militaire ; nous nous contenterons de placer ici les conclusions que le comte pair de France tirait des propos pleins d’humeur du général de province.

« Voilà un homme qui est l’honneur même, se disait le comte ; il ne craint pas la mort ; il se plaint même, et de tout