Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/102

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son cœur, de l’absence du danger ; mais, du reste, il est démoralisé, et, s’il avait à se battre contre l’émeute, la peur des journaux du lendemain le rendrait fou. »

— On me fait avaler des couleuvres toute la journée, répétait le baron.

— Ne dites pas cela trop haut, mon cher général ; vingt officiers généraux, vos anciens, sollicitent votre place, et le maréchal veut qu’on soit content. Je vous rapporterai franchement, en bon camarade, un mot trop vif, peut-être. Il y a huit jours, quand j’ai pris congé du ministre : Il n’y a qu’un nigaud, m’a-t-il dit, qui ne sache pas faire son nid dans un pays.

— Je voudrais y voir M. le maréchal, reprit le baron avec impatience, entre une noblesse riche bien unie, qui nous méprise ouvertement et se moque de nous toute la journée, et des bourgeois menés par des jésuites fins comme l’ambre, qui dirigent toutes les femmes un peu riches. De l’autre côté, tous les jeunes gens de la ville, non nobles ou non dévots, républicains enragés. Si mes yeux s’arrêtent par hasard sur l’un d’eux, il me présente une poire[1], ou quelque autre emblème séditieux. Les

  1. Peu après l’avènement de Louis-Philippe au trône de France, M. Philipon, gérant du journal la Caricature, traduit en cour d’assises pour délit de presse, s’amusa, pendant