Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/125

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qui habite ce pays depuis longues années ; le cheval est bien connu des amateurs ; mais je dois avouer, ajouta-t-il, en baissant les yeux, qu’il n’est soigné dans ce moment que par un domestique français ; je vais mettre Perrin à vos ordres. Vous pensez, monsieur, que je ne confie pas cette bête à des soins vulgaires, et aucun autre de mes gens n’en approche, etc.

Après avoir donné ses ordres en beau style et en s’écoutant parler, le jeune magistrat croisa sa robe de chambre de cachemire brodée d’or et assura sur ses yeux une façon de bonnet singulier, en forme de rouleau de cavalerie légère, qui à chaque instant menaçait de tomber. Tous ces petits soins étaient pris lentement et considérés attentivement par le maître de poste Bouchard, dont l’air goguenard se changeait en sourire amer tout à fait impertinent. Mais cette autre affectation fut en pure perte. M. le préfet, qui n’avait pas l’habitude de regarder de telles gens, quand il fut rassuré sur les détails de sa toilette, salua Lucien, adressa un demi-salut à M. Bouchard, sans le regarder, et rentra dans ses appartements.

— Et dire qu’un gringalet de ce calibre-là nous passera en revue dimanche prochain ! s’écria Bouchard ; cela ne fait-il pas suer ?