Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/126

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Dans sa colère contre les jeunes gens plus avancés dans le monde que les sous-officiers de Montmirail, M. Bouchard eut bientôt un autre sujet de joie. À peine le cheval anglais se vit-il hors de l’écurie, d’où la pauvre bête sortait trop rarement à son gré, qu’il se mit à galoper autour de la cour et à faire les sauts les plus singuliers ; il s’élançait de terre des quatre pieds à la fois, la tête en l’air et comme pour grimper sur les platanes qui entouraient la cour de la préfecture.

« La bête a des moyens, dit Bouchard en se rapprochant de Lucien d’un air sournois, mais depuis huit jours peut-être M. le préfet ni son valet de chambre Perrin n’ont osé la faire sortir, et peut-être ne serait-il pas prudent…

Lucien fut frappé de la joie contenue qui brillait dans les petits yeux du maître de poste. « Il est écrit, pensa-t-il que deux fois en un jour je me ferai jeter par terre ; tel devait être mon début dans Nancy. » Bouchard alla chercher de l’avoine dans un crible et arrêta le cheval ; mais Lucien eut toute la peine du monde à le monter, puis à le maîtriser.

Il partit au galop, mais bientôt il prit le pas. Étonné de la beauté et de la vigueur des allures de Lara, Lucien ne se fit pas de scrupule de faire attendre le maître de