Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/137

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CHAPITRE V


M. Bouchard avait plus raison de rire qu’il ne pensait ; quand l’absence de ce personnage au regard perçant eut rendu Lucien à ses pensées, il se trouva beaucoup d’humeur. Son début par une chute dans une ville de province et dans un régiment de cavalerie lui semblait du dernier malheur. « Cela ne sera jamais oublié ; toutes les fois que je passerai dans la rue, quand je monterais comme le plus vieux lancier : Ah ! dira-t-on, c’est ce jeune homme de Paris qui est tombé de façon si plaisante le jour de l’arrivée du régiment. »

Notre héros subissait les conséquences de cette éducation de Paris, qui ne sait que développer la vanité, triste partage des fils de gens riches. Toute cette vanité avait été sous les armes pour débuter dans un régiment ; Lucien s’était attendu à quelque coup d’épée ; il s’agissait de prendre la chose avec légèreté et décision ; il fallait montrer de la hardiesse sous les armes, etc., etc. Loin de là, le ridicule et l’humiliation tombaient sur lui du haut