Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/138

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de la fenêtre d’une jeune femme, la plus noble de l’endroit, et une ultra enragée et bavarde, qui saurait draper un serviteur du juste-milieu. Que n’allait-elle pas dire de lui ?

Le sourire qu’il avait vu errer sur ses lèvres au moment où il se relevait couvert de boue et donnait avec colère un coup de fourreau de sabre à son cheval ne pouvait sortir de son esprit. « Quelle sotte idée de donner un coup de fourreau de sabre à cette rosse ! et surtout avec colère ! Voilà ce qui prête réellement à la plaisanterie ! Tout le monde peut tomber avec son cheval, mais le frapper avec colère ! mais se montrer si malheureux d’une chute ! Il fallait être impassible ; il fallait faire voir le contraire de ce qu’on s’attendait que je serais, comme dit mon père… Si jamais je rencontre cette madame de Chasteller, quelle envie de rire va la saisir en me reconnaissant ! Et que va-t-on dire au régiment ? Ah ! de ce côté-là, messieurs les mauvais plaisants, je vous conseille de plaisanter à voix basse. »

Agité par ces idées désagréables, Lucien, qui avait trouvé son domestique dans le plus bel appartement des Trois-Empereurs, employa deux grandes heures à faire la toilette militaire la plus soignée : « Tout dépend du début, et j’ai beaucoup à réparer. »