Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/160

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reine des beautés bourgeoises daigna écouter quelques mots polis que lui adressa Lucien. « Elle est belle, à la vérité, se dit-il, mais pas pour moi. C’est une statue de Junon, copiée de l’antique par un artiste moderne : les finesses et la simplicité y manquent, les formes sont massives mais il y a de la fraîcheur allemande. De grosses mains, de gros pieds, des traits fort réguliers et force minauderies, tout cela cache mal une fierté trop visible. Et ces gens-là sont outrés de la fierté des femmes de la bonne compagnie ! » Lucien remarqua surtout des mouvements de tête en arrière pleins de noblesse vulgaire, et faits évidemment pour rappeler la dot de vingt mille écus. Lucien, songeant à l’ennui qu’il retrouverait chez lui, prolongea sa visite dans la boutique. Mademoiselle Sylviane vit ce triomphe, et daigna exposer à son approbation quelques lieux communs assez bien tournés sur messieurs les officiers et sur les dangers de leurs amabilités. Lucien répondit que les dangers étaient bien réciproques, et qu’il l’éprouvait en ce moment, etc., etc. « Il faut que cette demoiselle ait appris tout cela par cœur, se disait-il, car, tout commun que cela soit, ces belles choses font tache sur sa conversation ordinaire. » Tel fut le genre d’admiration que lui