Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/95

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la fin, il ne put supporter le silence continu du jeune Parisien.

— C’est l’inspecteur général que nous attendions, le général comte N…, pair de France », dit-il enfin, d’un air sec et hautain, et sans avoir l’air d’adresser précisément la parole à Lucien.

Celui-ci regarda le capitaine d’un air froid et comme simplement excité par le bruit. La bouche de ce héros faisait une moue effroyable ; son front était plissé avec une haute importance ; les yeux étaient tournés de côté, mais toutefois étaient bien loin de regarder tout à fait le sous-lieutenant.

« Voilà un plaisant animal ! pensa Lucien. C’est apparemment là ce ton militaire dont m’a tant parlé le lieutenant-colonel Filloteau ! Certainement, pour plaire à ces messieurs, je ne prendrai pas ces manières rudes et grossières ; je resterai un étranger parmi eux. Il m’en coûtera peut-être quelque bon coup d’épée ; mais certes je ne répondrai pas à une communication faite de ce ton. » Le capitaine attendait évidemment un mot admiratif de la part de Lucien, comme : « Est-ce le fameux comte N…, est-ce le général si honorablement mentionné dans les bulletins de la grande armée ? »

Mais notre héros était sur ses gardes :