Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/96

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sa mine ne cessa pas d’avoir l’expression de quelqu’un qui est exposé à sentir une mauvaise odeur. Le capitaine fut obligé d’ajouter, après une minute de silence pénible, et en fronçant de plus en plus le sourcil :

« C’est le comte N…, qui fit cette belle charge à Austerlitz ; sa voiture va passer. Le colonel Malher de Saint-Mégrin, qui n’est pas gauche, a glissé un écu aux postillons de la dernière poste ; l’un d’eux vient d’arriver au galop ; les lanciers ne doivent pas former les rangs ; ça aurait l’air prévenu. Mais voyez la bonne idée que l’inspecteur va prendre du régiment ; il faut soigner la première impression… Voilà des hommes qui semblent nés à cheval. »

Lucien ne répondit que par un signe de tête ; il avait honte de la façon de marcher de la rosse qu’on lui avait donnée ; il lui fit sentir l’éperon, elle fit un écart et fut sur le point de tomber. « J’ai l’air d’un frère coupe-chou », se dit-il.

Dix minutes plus tard, on entendit le bruit d’une voiture pesamment chargée ; c’était le comte N…, qui passait au milieu de la route, entre les deux files de lanciers ; la voiture arriva bientôt à la hauteur de Lucien et du capitaine. Ces messieurs ne purent apercevoir le fameux général,