Page:Stendhal - Lucien Leuwen, II, 1929, éd. Martineau.djvu/43

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pour cet état abominable que les Anglais, grands peintres pour tout ce qui est désagréable, désignent par le nom de toad-eater, avaleur de crapauds. Les mortifications sans nombre qu’une pauvre dame de compagnie doit supporter sans mot dire d’une femme riche et de mauvaise humeur contre le monde qu’elle ennuie, ont donné naissance à ce bel emploi[1]. Mademoiselle Bérard, naturellement méchante, atrabilaire et bavarde, trop peu riche pour être dévote en titre avec quelque considération, avait besoin d’une maison opulente pour lui fournir des faits à envenimer, des rapports à faire, et de l’importance dans le monde des sacristies. Il y avait une chose que tous les trésors de la terre et les ordres même de notre saint-père le pape n’auraient pu obtenir de la bonne mademoiselle Bérard : c’était une heure de discrétion sur un fait désavantageux à quelqu’un et qui serait venu à sa connaissance. Ce manque absolu de discrétion fut ce qui décida madame de Chasteller. Elle fit annoncer à mademoiselle Bérard qu’elle accepterait ses soins comme dame de compagnie.

  1. Quand la société vous a humilié, on humilie son aide de camp ou sa dame de compagnie.