Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/296

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ŒUVRES DE STENDHAL.

c’est-à-dire cinq ou six mois. Il est en sereine ; ce qui veut dire que, la peste régnant dans l’équipage qui la conduit à Marseille, sa quarantaine ne pourra commencer qu’après la complète guérison de cet équipage. Et cette quarantaine de quarante jours devra recommencer pour chaque homme de l’équipage qui tombera malade d’une maladie quelconque.

On a parlé d’ouvrages nouveaux à ce dîner, et fort bien. Les Marseillais sont moins dupes des camaraderies de Paris que je ne l’aurais cru ; ils osent blâmer des livres prônés effrontément par les journaux les plus graves. Marseille a fourni un brillant contingent à la littérature actuelle ; dans quelle ville de France ne connaît-on pas M. Méry, le brillant poète, MM. Guinol et Gozlan, prosateurs élégants ?


— Marseille, le…

La ville des plaisirs, de l’esprit et de la bonne compagnie, c’est Aix.

Croirait-on qu’on y a tenu, vers 1820, des propos tellement gais, de si bonne compagnie, et par conséquent tellement choquants pour la pruderie actuelle, que je ne sais si j’aurai l’esprit nécessaire pour pouvoir les raconter ? Jamais je ne pourrai expliquer ce que c’était, dans une grande ville du Midi, que le thé de madame de***. Marseille, si admirable par sa position, n’est qu’une ville barbare si on compare ses mœurs à celles d’Aix. On y est heureux, mais avec les plaisirs primitifs : la chasse, le tabac, le mouvement physique, l’absence de toute gêne.

À Marseille, la société n’est d’aucune utilité à un jeune homme, et il n’en sentirait que les entraves. Pour peu qu’un jeune homme ait de tête, il se fait courtier de marchandises, courtier d’assurances, etc., et gagne bien vite cinq ou six mille francs par an.

Le dimanche et dans la semaine, dès qu’il a un moment, il court dans une bastide chasser au poste. En été, il va se baigner les soirs au Faro ; quand le mistral souffle, il va au cercle fumer d’excellent tabac de Latakié, tout en parlant fort haut avec