Page:Stendhal - Promenades dans Rome, I, Lévy, 1853.djvu/16

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commencé mes fonctions de cicérone. Deux matinées ont suffi pour Florence, trois heures pour le lac de Trasimène, sur lequel nous nous sommes embarqués, et enfin nous voici à huit lieues de Rome, vingt-deux jours après avoir quitté Paris ; nous eussions pu faire ce trajet en douze ou quinze. La poste italienne nous a fort bien servis ; nous avons voyagé commodément avec un landau léger et une calèche, sept maîtres et un domestique. Deux autres domestiques viennent par la diligence de Milan à Rome.

Le projet des dames avec lesquelles je voyage est de passer une année à Rome ; ce sera comme notre quartier général. De là, par des excursions, nous verrons Naples, et toute l’Italie au delà de Florence et des Apennins. Nous sommes assez nombreux pour former une petite société pour les soirées qui, dans les voyages, sont le moment pénible. D’ailleurs, nous chercherons à être admis dans les salons romains.

Nous espérons y trouver les mœurs italiennes, que l’imitation de Paris a un peu altérées à Milan et même à Florence. Nous voulons connaître les habitudes sociales, au moyen desquelles les habitants de Rome et de Naples cherchent le bonheur de tous les jours. Sans doute notre société de Paris vaut mieux ; mais nous voyageons pour voir des choses nouvelles, non pas des peuplades barbares comme le curieux intrépide qui pénètre dans les montagnes du Thibet, ou qui va débarquer aux îles de la mer du Sud. Nous cherchons des nuances plus délicates ; nous voulons voir des manières d’agir plus rapprochées de notre civilisation perfectionnée. Par exemple, un homme bien élevé, et qui a cent mille francs de rente, comment vit-il à Rome ou à Naples ? Un jeune ménage qui n’a que le quart de cette somme à dépenser, comment passe-t-il ses soirées?

Pour m’acquitter avec un peu de dignité de mes fonctions