Page:Stendhal - Promenades dans Rome, I, Lévy, 1853.djvu/17

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de cicérone, j’indique les choses curieuses ; mais je me suis réservé très-expressément le droit de ne point exprimer mon avis. Ce n’est qu’à la fin de notre séjour à Rome que je proposerai à mes amis de voir un peu sérieusement certains objets d’art dont il est difficile d’apercevoir le mérite quand on a passé sa vie au milieu des jolies maisons de la rue des Mathurins et des lithographies coloriées. Je hasarde, en tremblant, le premier de mes blasphèmes : ce sont les tableaux que l’on voit à Paris qui empêchent d’admirer les fresques de Rome. J’écris ici de petites remarques tout à fait personnelles, et non point les idées des personnes aimables avec lesquelles j’ai le bonheur de voyager.

Je suivrai cependant l’ordre que nous avons adopté ; car, avec un peu d’ordre, on se reconnaît bien vite au milieu du nombre immense de choses curieuses que renferme la ville éternelle. Chacun de nous a placé les titres suivants à la tête de six pages de son carnet de voyage :

1° Les ruines de l’antiquité : le Colysée, le Panthéon, les arcs de triomphe, etc. ;

2° Les chefs-d’œuvre de la peinture : les fresques de Raphaël, de Michel-Ange et d’Annibal Carrache (Rome a peu d’ouvrages des deux autres grands peintres, le Corrége et le Titien) ;

3° Les chefs-d’œuvre de l’architecture moderne : Saint-Pierre, le palais Farnèse, etc. ;

4° Les statues antiques : l’Apollon, le Laocoon, que nous avons vus à Paris ;

5° Les chefs-d’œuvre des deux sculpteurs modernes : Michel-Ange et Canova ; le Moïse à San Pietro in Vincoli, et le tombeau du pape Rezzonico dans Saint-Pierre ;

6° Le gouvernement, et les mœurs qui en sont la conséquence.