Page:Stendhal - Promenades dans Rome, I, Lévy, 1853.djvu/26

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grands malheurs glisseraient sur lui sans lui faire froncer le sourcil. Il ne pense pas plus à l’année qui vient qu’à celle qui passa il y a cent ans. Il veut connaître ces beaux-arts dont on lui a tant parlé. Mais je suppose qu’il les sent comme Voltaire.

Je ne sais si je nommerai de nouveau Paul et Frédéric dans la suite de ces notes. Ils les ont eues chez eux pendant plus d’un mois. Je ne sais s’ils sont allés jusqu’au bout, mais ils ont trouvé leurs portraits ressemblants. Il y a deux autres voyageurs d’un tour d’esprit assez sérieux, et trois femmes, dont l’une comprend la musique de Mozart. Je suis bien sûr qu’elle aimera le Corrége. Raphaël et Mozart ont cette ressemblance : chaque figure de Raphaël, comme chaque air de Mozart, est à la fois dramatique et agréable. Le personnage de Raphaël a tant de grâce et de beauté, qu’on trouve un vif plaisir à le regarder en particulier, et dépendant il sert admirablement au drame. C’est la pierre d’une voûte, qde vous ne pouvez ôter sans nuire à la solidité.

Je dirais aux voyageurs : En arrivant à Rome, ne vous laissez empoisonner par aucun avis ; n’achetez aucun livre, l’époque de la curiosité et de la science ne remplacera que trop tôt celle des émotions ; logez-vous via Gregoriana, ou, du moins, au troisième étage de quelque maison de la place de Venise, au bout du Corso ; fuyez la vue et encore plus le contact des curieux. Si, en courant les monuments pendant vos matinées, vous avez le courage d’arriver jusqu’à l’ennui par manque de société, fussiez-vous l’être le plus éteint par la petite vanité de salon, vous finirez par sentir les arts.

Au moment de l’entrée dans Rome, montez en calèche, et, suivant que vous vous sentirez disposé à sentir le beau inculte et terrible, ou le beau joli et arrangé, faites-vous conduire au Colysée ou à Saint-Pierre. Vous n’y arriveriez jamais si vous partiez à pied, à cause des choses curieuses rencon-