Page:Stendhal - Promenades dans Rome, II, Lévy, 1853.djvu/17

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réchal de Richelieu, l’abbé de Vermont, le baron de Bézenval, c’est-à-dire les courtisans les plus fins et les plus heureux à Verssdlles, ne sont que des étourdis oubliant ce matin ce qu’ils ont voulu hier soir. Songez à ce que doit faire un malheureux moine renfermé dans son couvent pour y devenir le premier. Là, tous se connaissent, personne n’est étourdi ou distrait. Cette école a donné au monde les Sixte-Quint et les Ganganelli.

Le voyageur qui écrit ceci peut jurer que, parmi les hommes qu’il a vus exercer le pouvoir, le cardinal Consalvi et Pie VII sont ceux qui lui ont inspiré le plus de sympathie. Dans les rangs inférieurs, il pourrait nommer parmi ses amis plusieurs moines et quelques abbés.

Un monsignor romain, stupide et fat à couper au couteau, oncle de la jolie Fulvia F***, avait permis au comte C*** de faire son portrait. Le comte, excédé de la stupidité de son modèle, et ne sachant que lui dire, s’écrie tout à coup : ce Vous aurez une mine vraiment imposante quand vous serez pape ! » L’abbé rougit beaucoup et ajoute enfin en baissant les yeux : « Je vous avouerai que je l’ai souvent pensé. » Un jeune homme appartenant aux grandes familles et un habile intrigant songent également à devenir prélat {momignoré). Un monsignore employé se voit cardinal, et il n’est pas de cardinal qui ne songe à la tiare. Voilà ce qui chasse l’ennui de la haute société. Vous-même, ô mon lecteur ! qui riez de leur folie et des ruses de la politique romaine, que deviendriez-vous si vous saviez qu’un prix de cent millions sera tiré au sort d’ici à sept ans entre quarante de vos amis et vous ? Quelle tête ne tournerait pas à cette idée ?


12 juin. — Ce matin, à cinq heures, nous sommes allés à Saint-Pierre avec M. Cros, célèbre géomètre de Grenoble ; nous