Page:Stendhal - Promenades dans Rome, II, Lévy, 1853.djvu/25

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acquisitions du prince. Le soir nous avons eu un bal charmant ; il y avait des jeunes gens fort aimables, plusieurs étaient Allemands et les Autres Russes. Ceux qui ont le moins de succès dans ce moment sont les Anglais ; leur timidité souveat gauche trouve le moyen d’être offensante. L’un d’eux, horriblement triste, et prenant tous les événements de la vie du mauvais côté, a vingt-cinq ans et vingt-cinq mille louis de rente ; il est d’ailleurs fort bel homme : il étalait ce soir un inunense col de chemise en toile fort grosse. Ces deux ridicules l’ont perdu auprès des dames. — Charmante figure de madame la marquise Florenzi de Pérouse ; elle avait pour rivale miss N***, qui arrive de l’Inde.


15 juin. — Toute l’Europe envie les éléments du bonheur réel que la France possède. L’Angleterre elle-même est bien loio de l’état de prospérité dont, si nous n’étions pas un peu fous, nous saurions jouir. Parce qu’un lieutenant d’artillerie est devenu empereur, et a jeté dans les sommités sociales deux ou trois cents Français nés pour vivre avec mille écus de rente, une ambition folle et nécessairement malheureuse a saisi tous les Français. Il n’est pas jusqu’aux jeunes gens qui lie répudient tous les plaisirs de leur âge, dans le fol espoir de devenir députés et d’éclipser la gloire de Mirabeau (mais on dit que Mirabeau avait des passions, et nos jeunes gens semblent être nés à cinquante ans). En présence des plus grands biens, un bandeau fatal couvre nos yeux, nous refusons de les reconnaître comme tels, et oublions d’en jouir. Par une folie contraire, les Anglais, réellement condamnés à un malheur inévitable par la dette et par leur affreuse aristocratie, mettent leur vanité à dire et à croire qu’ils sont fort heureux.

Le bon sens italien ne peut pas comprendre notre étrange folie. Les étrangers voient le résultat total de ce qui se passe