Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/102

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ROMANS ET NOUVELLES


Chambre avec un succès immense. Le capitaine de la garde nationale porta aux nues l’ancien ministre.

— Parlez de son éloquence, mais non de la fermeté de son système politique.

Le capitaine répliqua chaudement.

— Nous ne pouvons être d’accord, lui cria M. Pomar, vous parlez comme un homme qui fait des entreprises, quant à moi je ne tiens au gouvernement que par les impôts que je lui paie.

Mina trouva que la conversation commençait d’une manière cruellement grossière, elle n'avait jamais vu rien de semblable dans les comédies de Marivaux. Bientôt on se dit des choses bien autrement fortes, on eût dit que ces messieurs étaient sûrs de ne pouvoir jamais s'offenser ; et les physionomies étaient encore pires que les paroles. Le chef d’escadron de lanciers, neveu du baron, dit à Madame Wanghen, sa voisine : « Ceci devient trop chaud, ces messieurs oublient qu’ils parlent devant de belles étrangères, il faut que je dise quelque bêtise dont je vous demande pardon. » Il raconta une histoire qui débutait bien et qui finit tout à coup par un mot qui était une grosse bouffonnerie et par un calembour.

À l’instant tous les invités déclarèrent, en parlant à la fois, que c'était un genre