Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/109

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LE ROSE ET LE VERT

— Hé, maman, que me font toutes ces choses physiques ? La grossièreté de ces hommes !…

— J’ai eu aussi cette idée-là en te voyant pâlir, mais ils n'élevaient point trop la voix en parlant, même les tournures de leurs phrases étaient assez polies.

— Plût à Dieu qu’ils se fussent emportés ! Ils auraient une excuse, on en verrait moins le fond de ces âmes grossières. Ah ! maman, as-tu vu leur physionomie ? La profonde grossièreté de ces âmes contentes d’avoir de l’argent ? Dieu ! que doivent être ces gens-là dans l’intérieur de leurs familles et lorsque rien ne les gêne ? Ah, maman, dit Mina, en reboublant de larmes, chez quel peuple sommes-nous venues [1] ?

— Tu vas donc une fois être juste pour notre pauvre Kœnigsberg, dit Madame Wanghen. Tuas vu dîner chez moi, le jour de la fête de ton père, les Jacobsen, les Wolfrath, les Stenneberg, les Emperios, tout ce qu’il y a de mieux parmi les gens à argent de la Prusse orientale. Certainement ces gens-là, même sans y comprendre ton père, possédaient bien au moins vingt millions de leurs francs, comme les gens d’aujourd’hui. Avaient-ils cette aigreur,

  1. Vue du laid par une âme délicate.