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ROMANS ET NOUVELLES


que nous verrons plus tard comme valant mieux que nous par le rang.

— Eh, maman, en Prusse je n'ai jamais eu le cœur navré comme je l’ai en ce moment. Dieu ! Quels êtres ! Si j’étais ma maîtresse je crois que je repartirais à l’instant pour Kœnigsberg.

— Mais, chère Mina, quelqu’un de ces gens-là a-t-il manqué de politesse à ton égard ? Je ne t’ai jamais vue dans un état aussi violent.

À ce mot Mina partit d’un éclat de larmes.

— Il vaut mieux se livrer à ces petits enfantillages, dit-elle à sa mère, en s'efforçant de sourire au milieu de ses larmes ; cela passera plus vite. Plût à Dieu que j’eusse à me plaindre de quelqu’un en particulier. Ces gens-là me font horreur, dit-elle en redoublant de larmes et cachant sa figure sur l’épaule de sa mère.

Madame Wanghen vit qu’il fallait causer avec sa fille et que cette crise nerveuse passerait plus tôt.

— Je t’ai vue pâlir à table tout à coup, mais la salle à manger était vaste et bien aérée, il ne faisait point trop chaud ; pour moi j’admirais ces colonnes élégantes et ces petites fenêtres audessus des colonnes, c'est comme au palais du roi à Berlin.