Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/139

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LE ROSE ET LE VERT


baisers attendris et enthousiastes que dans les moments décisifs, lorsqu’on était regardé, la mère donnait aux filles ou les filles à la mère, suivant les circonstances. À tous ces spectacles si touchants, le dirai-je, il préférait de beaucoup la société de ces pauvres petites danseuses de l’Opéra qui gagnent 7 fr. 50 centimes toutes les fois qu’elles paraissent dans un ballet. « Le rôle de celles-ci, se disait-il, est du moins franc et sincère, sans arrièrepensée, et d’ailleurs il est fondé en raison. Elles ont un besoin réel de la très petite soMme que leur offre leur amant ou plutôt leur ami, car les sentiments qu’on a pour elles ne vont guère au delà d’un peu d’amitié et encore fondée sur la pitié, sur la vue des mille choses qui leur manquent pour pouvoir vivre. »

Au milieu de tous ces doutes ce jeune duc, possesseur dans le moment de cinq chevaux magnifiques, (trois mois auparavant il avait eu le malheur de perdre la célèbre Alida, jument admirable) ne savait pas ce qu’il était au fond, personne ne savait ce qu’il serait. Son opinion sur lui-même était qu’il ne s'amusait pas assez pour un jeune homme. Il y avait cent à parier contre un qu’il finirait par être un Pair de France fort raisonnable, fort sérieux, fort soigneux, habitant sa bellerre