Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/150

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ROMANS ET NOUVELLES


jeune fille, reprit l’abbé d’un sang-froid parfait qui faisait un beau contraste avec l’air passionné qui brillait dans les yeux de son jeune interlocuteur, je connais une jeune fille riche, mais dont l’unique passion est de paraître pauvre. Ses biens sont à quatre cents lieues de Paris, et un mari est toujours le maître de faire des réparations importantes aux biens de sa femme. Madame la duchesse sera la première à comprendre cette nécessité, elle qui place en réparations à votre terre les trois quarts de son revenu.

— Vous êtes miraculeux, dit le duc ébahi, mais tout ceci n'est-il point un apologue, une fiction ?

— C'est une idée qui vient de me venir tout à coup, reprit l’abbé avec innocence, en vous entendant dire cette chose si sensée, quelques phrases que l’on peut faire sur ses compagnons, la simplicité et notre niaiserie à la mode, — vous promettez avant tout à votre femme de lui donner le genre de vie qui dans deux ans sera à la mode pour les duchesses. Et où est l’astrologue qui peut prévoir la mode qui régnera dans deux ans ? Hé bien, cette jeune fille a des terres sur la Vistule. Entendez-vous ce mot ? Y eut-il jamais fleuve plus aimable ? Vous ferez si vous voulez une légende contre ce fleuve qui envahit votre