Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/151

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LE ROSE ET LE VERT


château. Ce me semble tout simplement de l’idéal pour vous, mon cher duc. Le drawback c’est que je ne connais ces dames que depuis huit jours, que je ne sais rien de leurs projets, que peut-être la main de la jeune fille est promise, etc., etc. En un mot ce n'est rien de plus qu’une aventure à tenter, C’est une campagne à faire, c’est une bataille à donner. Je ne puis vous offrir qu’une idée, et une idée qui vient de m'apparaître toute crue il y a dix minutes.

Le duc rougit de bonheur à l’idée de campagne à faire, de but d’action à avoir. L’abbé s'arrêta pour voir ce bonheur s'établir, durer, donner conscience de soi au jeune homme. Puis il ajouta en pesant tous les mots : « Avoir une affaire essentiellement raisonnable à quatre cents lieues de Paris et au delà de la Vistule, c’est en effet avoir la liberté. Il y a une condition assez singulière, il est vrai, mais dont je serai l’unique gardien, moi que vous estimez. »

— Je vous estime, il est vrai, monsieur, reprit le jeune duc presque attendri, et, je me permettrai de le dire, dans ce moment la reconnaissance la plus vive se joint à l’estime la plus sincère. Quel engagement faut-il prendre ?

— Celui de vous conduire toujours