Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/169

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LE ROSE ET LE VERT

— Très romanesque, romanesque à l’allemande, c’est-à-dire au suprême degré, négligeant tout à fait la réalité pour courir après des chimères de perfection : mais enfin vous n'êtes pas comme un petit marchand dont la femme doit tenir le comptoir. Que vous fait que votre femme extravague un peu, pourvu qu’elle ne soit pas ennuyeuse ? Je n'ai vu mademoiselle Wanghen que vingt fois peut-être, mais je serai bien surpris si elle ennuie l’homme qui cherchera à lui plaire.

— Madame Wanghen ?

— Elle a presque l’air de la sœur aînée de sa fille, elle a la taille un peu forte et les plus belles couleurs. Elle a de grands yeux noirs beaucoup plus beaux que ceux de sa fille qui s'appelle Mina. Madame Wanghen pourrait encore être appelée une jolie femme, mais elle a des dents un peu en désordre. Une jeune femme qui a plus d’usage du grand monde que Madame Wanghen sera peut-être avec elle, c’est une cousine, une Madame de Strombek, veuve ruinée d’un seigneur de la cour de Berlin. Elle est un peu trop marquée de la petite vérole, mais jeune encore, assez jolie et piquante. Ces dames, malgré la différence de position, ont entre elles le ton de trois sœurs, on devinerait difficilement à voir les deux plus jeunes