Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/173

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LE ROSE ET LE VERT


bâtir une tour de deux cents pieds de haut, sans inscription, le gouverneur du pays ne le souffrirait pas. Mais je dira le fin mot à ma mère et elle sera charmée.


Le jour du bal de M. l’Ambassadeur d’Angleterre, Mina Wanghen fut sans cesse entourée de huit ou dix de ses compatriotes, tous disant du mal de la France, tous parlant en allemand à l’envi, tous parlant sensibilité profonde et sentiments intimes. Plusieurs atteignaient à ce degré extrême du ridicule de faire des allusions assez claires à de grandes peines qu’ils auraient éprouvées.

— Ces messieurs, dit Mina à sa mère, n'ont même pas appris que la sensibilité a sa pudeur.

— Tout homme qui raconte son amour, dit madame de Strombek, par cela même prouve qu’il ne sent pas l’amour et n'est mû que par la vanité.

— N'est-il pas singulier, dit madame Wanghen, que nous parlions français entre nous ? Seraitce aussi de la vanité ?

— Non, dit Mina, c’est le dégoût de l’allemand et de la sensibilité brûlante de ces messieurs.

— Ingrate ! dit madame de Strombek, c’est cependant pour vous que tous ces dandys, qui au fond aiment Paris puis-