Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/198

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premier moment, mais peu d’instants après on se sentait repoussé par quelque chose de dur et de vulgaire. Le comte de Ruppert se prétendit bientôt l’ami de madame de Vanghel ; il l’amusait. C’était peut-être parmi les jeunes gens de ce temps le seul qui rappelât ces roués aimables dont les mémoires de Lauzun et de Tilly présentent le roman embelli. M.de Ruppert achevait de dissiper une grande fortune ; il imitait les travers des seigneurs du siècle de Louis XIV, et ne concevaitpas comment Paris s’y prenait pour ne pas s’occuper exclusivement de lui. Désappointé dans ses idées de gloire, il était devenu amoureux fou de l’argent. Une réponse qu’il reçut de Berlin porta à son comble sa passion pour mademoiselle de Vanghel. Six mois plus tard, Minadisait à sa mère : — Il faut vraiment acheter une terre pour avoir des amis. Peut-être perdrions-nous quelques mille francs si nous voulions nous défaire du Petit-Verberie : mais à ce prix nous comptons maintenant une foule de femmesaimablesparmi nos connaissances intimes.

Toutefois Mina ne prit point les façons d’une jeune Française. Tout en admirant leurs grâces séduisantes, elle conserva le naturel et la liberté des façons allemandes. Madamede Cély, la plus intime